Interview de l’Ambassadeur à Modern.az

Retrouvez l’interview de l’Ambassadeur accordée au portail d’informations, Modern.az. https://modern.az/az/news/223816

1. Monsieur l’Ambassadeur, vous êtes l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la France en Azerbaïdjan depuis septembre dernier. Quelles sont vos impressions sur l’Azerbaïdjan durant cette courte période ?

Je savais en arrivant que l’Azerbaïdjan avait des proximités avec le monde turc, le monde iranien et le monde russe. Et ça reste vrai. Mais ce qui me frappe c’est l’attrait des Azerbaïdjanais pour l’Europe, qu’il s’agisse de culture, d’études, de mode de vie, d’envie de voyage, etc. C’est très réjouissant car l’Europe a besoin d’une relation forte et intime avec ce pays et sa population.

Sinon, comme j’aime la randonnée et la nature, j’ai été frappé par la beauté des paysages de montagne dans le Gussarskii rayon et des paysages semi-désertiques autour de Bakou.

2. Quels sont les avantages et les inconvénients de Bakou si vous compareriez Bakou avec Paris ?

Bakou a beaucoup d’atouts : la présence de la mer Caspienne, un beau site naturel avec les collines qui entourent la ville, du soleil, la proximité de la nature. Le coût de la vie qui est beaucoup moins cher que Paris est un atout considérable. Je dirais qu’il y a une douceur, une qualité de vie, une lenteur agréable par rapport à Paris qui est une ville très intense. Et les Bakinois sont aimables et souriants. Paris est une métropole mondiale. Cela a ses attraits aussi. On y trouve tout, surtout en termes d’activités nouvelles et variées. Et l’offre culturelle est très grande. Et on s’y sent connecté au reste du monde. Mais Paris est une ville qui peut vous fatiguer.

3.Vous avez été le Conseiller de l’Ambassade de France à Moscou et le Premier conseiller à Tel Aviv. L’Azerbaïdjan est le premier pays où vous avez été nommé ambassadeur et nous espérons que vous vous souviendrez toujours du pays où vous avez commencé votre activité. Qu’envisagez-vous de faire pour renforcer les relations bilatérales en tant qu’ambassadeur ?

Je souhaite expliquer ce que la France propose à l’Azerbaïdjan, à savoir un partenariat stratégique de fait, quel que soit le nom qu’on lui donne. Cela veut dire un dialogue politique renforcé sur la sécurité en Europe, sur la contribution de l’Azerbaïdjan au multilatéralisme pour faire face aux grands défis mondiaux comme le changement climatique ou la santé publique, mais aussi une présence économique française plus forte dans l’énergie, les transports, l’environnement, la sécurité, la finance et l’agriculture. Et un partenariat dans l’éducation, la formation, la mise aux standards européens des cadres azerbaïdjanais. C’est aux autorités azerbaïdjanaises de dire si elles sont intéressées ou non par un tel partenariat. Mais l’offre française est là, elle est sur la table.

4. La France, berceau de la culture mondiale et son ambassade dans notre pays ont toujours mis en avant un certain nombre de projets visant à promouvoir nos cultures respectives. Dans quelle direction envisagez-vous de poursuivre ces projets ? Comment les jeunes azerbaïdjanais de l’art peuvent-ils promouvoir leurs œuvres en France ?

Je crois qu’il y a une attente culturelle et intellectuelle forte en Azerbaïdjan vis à vis de la France et plus généralement de l’Europe, de l’occident et au-delà. Les Azerbaïdjanais veulent se sentir reliés aux nouvelles tendances, les arts numériques et les images de synthèse, les musiques électroniques, les fusions entre les différents genres artistiques, les spectacles dans la rue et pas seulement dans les grandes institutions. L’Azerbaïdjan est dans une situation géographique compliquée, avec un voisin avec lequel il est en conflit, deux autres qui vivent des périodes difficiles. Donc les Azerbaïdjanais veulent qu’on leur ouvre des fenêtres sur le monde. Car ils se posent les mêmes grandes questions, sur l’avenir de l’humanité face au dérèglement climatique, sur la définition de la Nation, le rôle de l’Etat, l’égalité entre les femmes et les hommes. Et pour y répondre on a besoin de scientifiques mais aussi d’artistes et du grand public.

Je souhaite que la France puisse être en dialogue avec les Azerbaïdjanais sur toutes ces questions et que l’ambassade et ses partenaires azerbaïdjanais leur offrent un aperçu des réponses que la France fait, les réponses qu’elle élabore. Nous organisons par exemple avec l’Académie des Sciences une “nuit des idées” le 30 janvier au musée d’histoire de Bakou sur le thème “être vivant”. Comment vivra-t-on à l’avenir dans un monde transformé par le changement climatique, comment adapter nos villes, nos modes de vie ? C’est une question qui intéresse tout le monde, pas seulement les experts. Et on fait ça le soir, la nuit, parce que c’est propice aux visions, aux échanges informels, à la réflexion libre, à l’expression des craintes ou des envies.

5.Quand une personne perd les yeux, elle devient physiquement aveugle et spirituellement lorsqu’elle perd ses acquis. En ce sens, l’Azerbaïdjan a toujours accordé une grande importance au développement de l’éducation et a toujours l’intention de bénéficier du système éducatif français bien développé. Le Lycée français Bakou et l’Université franco-azerbaïdjanaise (UFAZ) sont présents à Bakou. Selon vous, ces établissements seront-ils capables de promouvoir les opportunités d’études françaises en Azerbaïdjan ?

Le lycée français de Bakou accueille 200 élèves, très majoritairement azerbaïdjanais, auxquels il offre une éducation française. L’équipe d’enseignants et l’encadrement sont très dynamiques et les installations sont très modernes. Il est aussi beaucoup plus abordable financièrement que certaines écoles anglophones. C’est un grand succès.

L’UFAZ accueille près de 600 étudiants très brillants. Les enseignements sont préparés et dispensés par des professeurs de l’Université de Strasbourg. Les étudiants ont la chance d’avoir beaucoup plus de cours pratiques, dans des laboratoires très modernes. C’est une grande réussite. Les premiers diplômés vont sortir l’été prochain. Et l’UFAZ devrait ouvrir plusieurs Masters à partir de l’automne prochain.

Cela a été possible grâce aux autorités azerbaïdjanaises. Je sais que la première Vice-Présidente s’est beaucoup engagée pour que cela soit possible et je lui en suis très reconnaissant.

6. L’Azerbaïdjan est en guerre avec l’Arménie voisine depuis plus de 20 ans. La France est membre du groupe de Minsk de l’OSCE pour le règlement du conflit du Haut-Karabakh et est l’un des trois pays pouvant prendre une décision définitive en la matière. On aimerait savoir votre opinion à ce sujet en tant qu’ambassadeur du pays coprésident.

Ce conflit, qui endeuille et déstabilise la Région depuis plus d’un quart de siècle, hypothèque l’avenir de sécurité et de prospérité que nous appelons tous de nos vœux. Il a fait beaucoup de victimes dans les familles de part et d’autre et il continue hélas à en faire. Si j’ai bien conscience de la grande complexité de ce dossier, je suis convaincu qu’il n’existe pas d’autre voie que celle d’un règlement négocié de bonne foi, d’une solution diplomatique juste et durable. Tant qu’il y a un dialogue, il y a un espoir, et je suis optimiste parce que l’Arménie et l’Azerbaïdjan, sous l’égide de la co-présidence du Groupe de Minsk, sont déterminés à poursuivre ce dialogue.
Nous savons tous que la situation actuelle n’est pas tenable et la France fait clairement savoir qu’elle se refuse au statu quo. En étroite liaison avec la Fédération de Russie et les Etats-Unis, elle ne ménage pas ses efforts pour donner des impulsions dynamiques au processus. A titre d’exemple, c’est à Paris en janvier 2019, dans les salons du Ministère des Affaires étrangères qu’a été organisée la réunion réunissant le Ministre Mammadyarov et son homologue arménien pour lancer l’initiative visant à « préparation des populations à la Paix ». Le Président Macron est personnellement investi ce dossier qu’il évoque régulièrement avec ses partenaires. Il est clair que tout règlement du confit du Haut-Karabagh doit intégrer dans son approche les normes consacrées par le droit internationales, notamment les résolutions des Nations Unies et les principes fondamentaux de l’acte final d’Helsinki. Il suppose bien évidemment aussi de la volonté politique et des compromis de la part des parties.

7. La France est réputée dans le monde entier pour ses vins. Comment la France peut-elle soutenir l’Azerbaïdjan dans ce domaine ?

Le vin c’est un art de vie. Ce sont des paysages, une culture, c’est le goût, ce sont des moments de convivialité et de partage en famille ou entre amis. C’est aussi une économie. Il u a une tradition viticole ici. L’Azerbaïdjan développe ses vignobles. Et bien-sûr la France est prête à l’aider. Nous avons des experts, et certains sont présents ici, des techniques, des écoles de formation, nous avons des entreprises d’outils agricoles spécialisés. J’espère beaucoup que les relations se développeront dans ce domaine qui est si important pour mon pays.

8.Le vin français est-il exporté vers l’Azerbaïdjan ?

Oui. Mais j’aimerais que les taxes soient réduites pour faciliter leur importation et que les Azerbaïdjanais puissent avoir accès plus facilement à nos vins.

9.Quelle est la célébrité française que vous souhaiteriez qu’une rue à Bakou porte son nom ou bien qu’une statue soit érigée à son honneur ?
Je pense aux musiciens français car la musique est universelle et qu’elle parle aux Azerbaïdjanais comme à tous les peuples. Donc j’aimerais voir à Bakou une rue Claude Debussy, Camille St Saens, Georges Bizet, Maurice Ravel ou Frédéric Chopin., pour que cela soit une inspiration pour les Bakinois et une invitation à découvrir leur musique.

10. Le facteur principal qui fait vivre et promeut une nation est sa langue.
En ce sens, seriez-vous satisfait des centres chargés de la promotion de l’enseignement du français en Azerbaïdjan ?

J’aimerais faire beaucoup plus pour l’enseignement du français. Il y a tant de professeurs dans ce pays qui ont tant travaillé pour transmettre leur amour de la langue française, dans des conditions parfois difficiles. Je leur suis très reconnaissant et j’ai beaucoup de respect pour eux. Aujourd’hui il faut accompagner l’émergence d’une nouvelle génération d’enseignants et d’étudiants. L’Institut français de Bakou se développe, le Lycée français aussi, tout comme l’UFAZ. J’ai rencontré des équipes d’enseignants de français formidables, par exemple à l’Université de Ganja. Mon souhait est de visiter toutes les écoles d’Azerbaïdjan qui proposent un enseignement de français. J’ai commencé à le faire et on va continuer avec toute l’équipe de l’ambassade et de l’Institut français.

publié le 17/03/2020

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