Interview de l’Ambassadeur à l’agence de presse, AzVision.

- Monsieur l’Ambassadeur, depuis plusieurs mois maintenant, l’épidémie de coronavirus est devenue le problème numéro un pour tous les pays du monde. Cela entraîne d’énormes pertes humaines, une crise économique et d’autres conséquences graves. Malheureusement, la France est l’un des pays les plus touchés par l’épidémie. Comment évaluez-vous la situation actuelle dans votre pays ?

La France a été confrontée à sa plus grande crise sanitaire en cent ans. Elle a été éprouvée par les très nombreuses morts dues au Covid19. Mais la France a réagi de manière ordonnée et solidaire. Pendant près de deux mois, les Français ont respecté un régime de restrictions sanitaires très sévère et les médecins et tout le personnel soignant ont été formidables. Cela a été une expérience nouvelle, unique pour toute la société et je suis frappé à la fois par la résilience de mon pays et par les ressources de dynamisme des Français. Tout le monde s’est adapté, dans la façon de travailler, dans les écoles, dans les familles. Et les services de l’Etat ont répondu présent pour accompagner la société dans ce moment difficile, à travers des politiques volontaristes, pour préserver la santé et soutenir l’emploi et le niveau de vie des gens. Cela démontre à quel point un système de sécurité sociale juste et universel est important.

- Quels sont les plans de la France pour sortir de cette crise ?

L’Etat en France a très vite pris en charge partiellement le paiement des salaires, il a garanti les crédits des entreprises, il a aidé les secteurs de l’économie les plus touchées, comme le tourisme, l’agriculture, les petits commerces. En même temps, il a préparé un plan de relance massif pour stimuler la reprise économique après le déconfinement. En tout, ce sont plusieurs centaines de milliards d’euros qui ont été mobilisés, ce qui est historique. Le président de la République et le ministre de la Santé ont également annoncé un vaste plan de modernisation des hôpitaux, qui devrait se traduire par des revalorisations des salaires du personnel hospitalier, par des investissements importants et par de nouvelles façons de travailler.

Plus généralement, il y a partout une prise de conscience que cette crise doit nous amener à repenser certains aspects de notre modèle économique, autour de la souveraineté économique européenne, du développement durable et de la révolution numérique.

L’Union européenne a aussi été très réactive et s’est dotée d’instruments financiers massifs pour aider les gouvernements les plus touchés par la crise sanitaire. Le Président Macron et la Chancelière Merkel ont d’ailleurs proposé à leurs partenaires de l’UE de prendre une décision historique en empruntant 500 milliards d’euros sur les marchés internationaux pour renforcer les budgets européens et aider les régions européennes les plus touchées par la crise. Cela voudra dire plus de solidarité européenne, plus de souveraineté sanitaire européenne, plus d’actions communes.

- Comment évaluez-vous les mesures prises pour lutter contre les coronavirus en Azerbaïdjan ? Dans quelle mesure pensez-vous que notre pays est capable de faire face à ce problème ?

L’Azerbaïdjan a réagi rapidement et, me semble-t-il, efficacement. La situation sanitaire est restée sous contrôle. Les Français qui vivent en Azerbaïdjan sont restés parce qu’ils se sont sentis en sécurité. Le gouvernement a apporté une aide efficace à la communauté diplomatique à chaque fois qu’une difficulté se présentait.

Mais la crise pandémie n’est pas finie, en Azerbaïdjan comme partout dans le monde, donc il faut que tout le monde reste vigilant.

- Comme je l’ai mentionné, le coronavirus a provoqué une stagnation et une crise dans presque tous les domaines. De ce point de vue, quelles sont les lacunes des relations franco-azerbaïdjanaises ? Certains plans ont-ils été reportés ?

Bien-sûr la crise sanitaire freine les contacts à tous les niveaux, gouvernementaux, diplomatiques mais aussi touristiques. C’est vrai dans les relations entre la France et l’Azerbaïdjan comme entre tous les pays du monde. Mais même pendant cette période, il y a eu des échanges. Je pense notamment à la vidéoconférence organisée le 12 mai entre la fédération des entrepreneurs français et Azpromo, avec la participation du ministre de l’Economie M. Jabbarov, de la Chambre de commerce franco-azerbaïdjanaise et plus de 90 entreprises. Il y a eu un vrai intérêt de part et d’autre.

- Comment profitez-vous de cette opportunité, étant donné que ces jours-ci le télétravail est privilégié et le pourcentage d’activité est plus faible ? A savoir, que faites-vous pour passer votre temps libre de manière plus efficace ?{{}}

L’ambassade de France est restée ouverte et active pendant toute la période de la crise épidémique. Les agents de l’ambassade ont beaucoup travaillé à distance, depuis chez eux car certaines activités ne pouvaient pas s’arrêter, notamment la préparation des dossiers des étudiants azerbaïdjanais qui vont étudier en France en septembre et la sélection des boursiers. L’Institut français d’Azerbaïdjan a continué à donner des cours de français, mais en ligne. Et cela a bien marché.

Pour ce qui est de mon temps libre, comme tout le monde, je suis resté à mon domicile où j’ai pu lire plus que d’habitude – notamment des classiques et des essais politiques – et rester en contact avec ma famille et mes amis grâce aux réseaux sociaux.

- Monsieur l’Ambassadeur, en avril, les ministres azerbaïdjanais et arménien des Affaires étrangères ont tenu une visioconférence avec la participation des coprésidents du Groupe de Minsk. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a ensuite fait une déclaration en faveur d’une solution progressive au conflit, puis nous avons été témoins de la rhétorique agressive des dirigeants arméniens. Compte tenu de telle position d’Erevan, pensez-vous que les pourparlers de longue durée apporteront des résultats positifs ?

Sans le mécanisme des consultations du Groupe de Minsk de l’OSCE, la situation serait certainement plus volatile, plus dangereuse. Pour rechercher une solution pacifique durable, éviter un nouveau conflit et donc éviter les tragédies inévitables de la guerre, il faut continuer les efforts diplomatiques.

Mais il faut aussi préparer les populations à la paix. Elles-mêmes doivent s’y préparer- ce qui veut dire abandonner les discours de haine, s’informer sur l’autre, soutenir les initiatives pacifiques qui viennent des citoyens. Tout le monde a un rôle dans la résolution des conflits, les gouvernements bien-sûr, mais aussi les médias, les universités, les familles, les organisations non-gouvernementales. C’est pour ça que j’aimerais qu’il y ait des représentants de la société civile azerbaïdjanaise qui participe au Forum de la Paix de Paris, ( https://az.ambafrance.org/The-third-Paris-Peace-Forum-building-a-better-world-after-the-pandemic ) dont la troisième édition se tiendra en novembre. Tous ceux qui ont des initiatives positives en faveur de la paix peuvent déposer un dossier de candidature pour être présent à Paris, en prenant contact avec l’ambassade de France à Bakou. Cette année les questions de coopération sanitaire seront bien-sûr centrales aux discussions. Toutes les informations sont sur notre site internet.

- Comment décririez-vous les relations entre l’Union européenne et l’Azerbaïdjan ? Pensez-vous qu’il sera possible de signer l’accord de longue date entre les deux pays ?

L’Azerbaïdjan a la chance de se situer au carrefour de plusieurs grandes civilisations, européenne -dans laquelle on peut inclure la Russie-, iranienne et bien-sûr turque. Votre pays a bien compris que son intérêt était de développer des relations amicales et approfondies avec tous les grands pays, qui sont aussi des puissances économiques, culturelles, politiques et militaires, et avec les institutions qui les représentent, comme l’UE.

Ces relations doivent être entretenues, elles doivent rester dynamiques et s’adapter aux changements du monde. D’ailleurs, je crois que les Azerbaïdjanais veulent plus de relations avec l’Europe, pas moins. C’est pour ça qu’il est important que l’Azerbaïdjan et l’UE concluent un nouvel accord de coopération et de partenariat. Je crois que c’est possible de le conclure rapidement. Je pense cela se fera, parce qu’y renoncer constituerait un revirement important de la politique régionale de l’Azerbaïdjan. Je suis optimiste. »

Parvana Soultanova

https://fr.azvision.az/news/92103/news.html

publié le 10/06/2020

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